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Sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle du Puy-en-Velay au cap Finisterre

35ème jour : Logroño (29 kilomètres)

Logroño

 

lundi 29 septembre
Une fois arrivé à Logroño :
- j'aurai parcouru 912 kilomètres
- il en restera 727 à faire.

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Lundi 29 septembre, 7h30 Los Arcos

Cette nuit, pas de ronfleur dans la chambre, c'est peut-être la première fois que je n'ai pas mis de tampons dans mes oreilles.

Par contre petit souci matériel : j'ai oublié mon livre descriptif du parcours sans doute dans le gîte précédent. Je devrais pouvoir en trouver un autre en route mais je suis un peu perturbé, disons même contrarié surtout que je soupçonne  qu'il a été phagocyté  par la pagaille répandue autour du lit par Jonathan, le viking, de type super-actif, éprouvant le besoin permanent de bouger, de nuit comme de jour, mais très sympathique par ailleurs.
J'avais opté pour les guides des « Rando Editions », Le Chemin du Puy vers Saint-Jacques-de-Compostelle pour la partie française et Le Chemin de Saint-Jacques en Espagne pour la partie espagnole. Malheureusement ces livres ne rentrent pas dans ma pochette ventrale, ma banane ;  je les avais donc découpés avant de partir en « livrets » profitant de l'opération pour laisser les couvertures et quelques pages de généralités à la maison. Chaque livret rentrait facilement dans une poche et quand il avait fini de servir je passais au suivant. C'est comme ça que j'ai découvert ce matin, après avoir vidé intégralement mon sac au moins deux fois, que la suite n'était plus en ma possession. Bon, ce n'est pas non plus une catastrophe, les flèches jaunes sont partout présentes, impossible de se perdre, c'est plus au niveau des explications « touristiques » qu'il va y avoir un manque. A propos des guides j'ai vu des pèlerins qui une fois l'étape achevée déchiraient et jetaient les pages concernées : il n'y a pas de petits gains sur le poids !

Il fait beau, le jour se lève, il fait légèrement frais mais pas froid.

Le gîte était bien sauf au niveau sanitaire. Il n'y avait que deux toilettes par genre (deux pour les hommes, deux pour les femmes) ce qui le matin est un peu juste, de plus elles n'avaient pas de loquet et il fallait donc rester agrippé à la poignée pour préserver son intimité, ce qui n'est pas la position la plus relaxante. Peut-être un procédé pour éviter les stationnements interminables. Je retrouverai dans plusieurs refuges cette même disposition et quelquefois il faudra être zen, la poignée se trouvant hors de portée ! Sans doute encore un autre apprentissage.

Destination Logroño à environ 29 km, je ne sais pas si Sandra pourra aller jusque là.

Environ 10h, un peu au-delà de Torres del Rio. Jusqu'à Sansol le terrain était bien plat mais maintenant ça vallonne assez fort. Il fait très beau, le ciel est bleu immaculé. Le paysage est «espagnol». Autour de nous des vignes avec parfois des vendangeurs au travail : c'est la région viticole de la Rioja.

Viana. Arrivée ici vers 12h30 ; le temps de faire quelques achats nous sommes devant la cathédrale à 13h-2. Il est indiqué qu'elle est ouverte de 10h à 13h mais soit ma montre retarde soit le gardien a anticipé, la porte est fermée. Un portail gigantesque, monumental, pour l'intérieur on ne saura donc pas. Face à l'église, sur la place, une dizaine de randonneurs en train de pique-niquer. Les horaires d'ouverture des églises sont totalement imprévisibles, il y en a qui ouvrent en fin d'après-midi, ici c'était le matin, difficile d'organiser un circuit touristique.

Pour arriver à Logrogno il y a 2 à 3 km d'approche en zone industrielle pas très agréables avec beaucoup de travaux, de bruit et de poussière.

Juste avant de descendre vers l'Ebre une dame sur le bord de la route propose d'apposer un tampon « Higos - Agua y amor » (Figues, eau et amour) sur les crédentiales. C'est la fille de Doña Felisa, une figure locale, qui perpétue le geste de sa mère. Autour, effectivement des figuiers et des oiseaux :

Il semble que tout un chacun puisse délivrer des tampons, les bars, les hôtels, les commerçants, les églises, les refuges, les musées, que sais-je encore. Certains pèlerins en font la collecte et arborent des documents d'une longueur impressionnante obtenue par le collage bout à bout de plusieurs crédentiales remplies de cachets mais pas forcément représentatives de la distance parcourue.

16h Logrogno. Il y a la queue à la réception du refuge. Ce sont des «hospitaleros volontarios», des hospitaliers bénévoles qui s'en chargent et c'est la pagaille. Sans vouloir généraliser, j'en ai rencontré des vraiment formidables, mais ici et à plusieurs reprises sur le Chemin, ce sont visiblement des gens à la retraite qui ont adopté ce moyen pour rendre service tout en rencontrant du monde ;  très contents de se retrouver entre eux ils passent beaucoup de temps à se raconter leur petites histoires et visiblement l'accueil des pèlerins est accessoire, le prétexte à ces rencontres. Pour chaque arrivant un  hospitalier inscrit nom, pays, lieu de départ, ...et attribue un numéro, celui de la place dans un des dortoirs. Un autre hospitalier recopie ce numéro sur un ticket et le remet au pèlerin. Mais comme ça papote il y a souvent des erreurs, il se trompe de personne, ou il écrit deux fois de suite le même numéro... je vous laisse imaginer toutes les combinaisons possibles. Bref, beaucoup reviennent à l'accueil car leur lit est déjà occupé. Il faut être patient et surtout ne pas s'énerver, le dialogue étant parfois difficile entre d'une part des hospitaliers ne parlant généralement que l'espagnol et n'aimant pas être dérangés dans leurs conversations privées et d'autre part des marcheurs souvent épuisés et pressés de se reposer.

Une fois réglé un problème de ticket par arrangement mutuel avec d'autres pèlerins, le retour à l'accueil n'ayant rien donné car cette fois ils avaient carrément sauté un numéro sur le cahier et il aurait fallu faire déménager la moitié du dortoir pour s'en sortir,  je pars à la rencontre de la ville avec trois objectifs, trouver un nouveau guide, visiter la ville et manger. Sandra a préféré rester à l'auberge pour se reposer et soigner ses pieds en charpie.

Comme souvent le Chemin arrive dans les vieux quartiers, là où il y avait autrefois les « hospitals », et le refuge est  très proche des monuments historiques, la cathédrale notamment. Une fois sortis de la vieille ville on retrouve la ville moderne, très animée à partir de 19h avec ses  magasins encore ouverts à 22h. C'est là que je trouve une librairie avec des guides en plusieurs langues. Je choisis le guide Rother « Chemin de Saint-Jacques », une version française ; le Danois, Erling, avait le même mais en allemand. Il a l'air bien fait, profil des étapes, informations touristiques... et surtout son format lui permet d'entrer dans ma pochette ventrale, pas de découpage en perspective.

Me voilà équipé, je peux maintenant visiter la ville avec sérénité ... et quelques explications. Certains pèlerins circulent sans guide. Ils ont juste une feuille avec pour chaque étape le profil du parcours et sa distance. Pour les refuges il suffit de suivre les flèches jaunes, le Chemin passant devant les principaux. Pour les informations touristiques beaucoup s'en moquent ou se fient au hasard.

Donc j'entre successivement dans la cathédrale Santa Maria de la Redonda, l'église Santa Maria del Palacio avec son clocher en forme de pyramide, d'« aiguille », symbole de la ville et l'église Santiago de Real avec sa statue d'un Saint-Jacques Matamoros (tueur de Maures !) et son jeu de l'oie dessiné sur la place. Elles ont toutes le même chœur rococo, d'une hauteur vertigineuse, avec des colonnes dorées à l'or fin.

Reste à trouver à manger, ce qui me prendra une bonne heure pour trouver quelque chose à un prix abordable et ouvert avant 21h. La recherche est laborieuse mais elle me permet d'arpenter la ville en tous sens et de côtoyer ses habitants qui à cette heure envahissent les rues. J'aime cette ambiance. Vers 20h je trouve enfin la perle rare où une fois encore j'ai le choix entre plusieurs  platos combinados.

Après le repas, vers 21h, je retourne sur les bords de l'Ebre, Ebro. Ce nom évoque quelque chose en moi, la conquête par Napoléon, la guerre entre républicains et franquistes...  je ne sais plus très bien mais j'avais envie de revoir ce fleuve juste entraperçu en arrivant. Le lit est immense mais le fleuve n'en occupe même pas le quart. Je ne sais pas s'il est plus envahissant en hiver. Il fait froid, il est temps d'aller se coucher.

Demain je pense aller à Najera à environ 31 km.

Le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, via Podiensis puis Camino Frances

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