Mirambeau sur Pierre-Alglave.com

D'Auffargis dans les Yvelines à Saint Jacques de Compostelle par le chemin de la côte

20ème jour : Mirambeau (30 kilomètres)

Mirambeau

 

Lundi 07 septembre
Une fois arrivé à Mirambeau :
- j'aurai parcouru 585 kilomètres
- il en restera 1213 à faire.

Lundi 7 septembre, il estenviron 7h30, je viens de quitter le gîte où en fin de comptej'étais seul, le propriétaire du sac n'est pas réapparu. Mystère! Direction Mirambeau à une trentaine de kilomètres.

Cette nuit j'ai très mal dormi, j'aieu un cauchemar : mon compagnon de chambre s'était écroulé dans larue, il avait été emmené dans un état critique à l'hôpital oùil se retrouvait avec des tuyaux partout au milieu d'un tourbillon deblouses blanches, il avait la grippe A ; très égoïstement jepaniquais à l'idée que personne ne savait qu'il avait séjournédans cette chambre et ne pouvait me prévenir qu'elle étaitdésormais contaminée ... Sans doute la conjonction du repasmédiocre d'hier soir, de l'annonce par Hélène au téléphone quela grippe A se répandait et de l'énigme de cette place vide, maisce matin le calme est revenu, je n'ai aucune sensation de fièvre etla forme est bonne.

Dans la série des petits incidents lapile de mon réveil est morte et, plus embêtant, j'ai perdu magourde métallique. Elle a dû glisser de la poche en filet sur lebord du sac où je l'avais mise pour l'avoir à portée de main.Cette poche n'est pas très profonde et quand la gourde n'a plus étéassez lourde elle a été éjectée dans l'herbe où je ne l'ai pasentendue tomber. Comme quoi le goudron a quand même ses avantages.Tout ça n'est pas très dramatique mais un tantinet agaçant. Unebonne nouvelle quand même : mon ampoule a une bonne tête. Ouf !

Il fait très beau, le ciel est bleuavec quelques traces de nuages mais rien d'alarmant. Il fait frais,on est quand même en septembre, mais je n'ai toujours pas sorti lapolaire.

Hier j'ai encore travaillé sur mon sacpour essayer de juguler ses miaulements : réglages, graissage ... Cematin c'est impeccable mais j'ai bien peur que dans une demi-heure cene soit à nouveau la même rengaine. En fait n'ayant pas encore comprisla cause du problème j'ai peu de chance de trouver la bonnesolution, je tâtonne. Il faudrait que j'y arrive parce que changerde sac ne va pas forcément être très simple.

Après un peu de macadam au départ dePons le chemin s'élance au milieu des champs avec quelques lapinsqui déboulent et traversent devant moi pour se faufiler entre lesrangs de maïs. Pas âme qui vive (les lapins ont-ils une âme ?),c'est un Chemin solitaire.

10h me voilà àSaint-Genis-de-Saintonge, petit détour par ce qu'on pourrait appelerle centre ville en espérant pouvoir y acheter de l'eau, une petitebouteille pour remplacer la gourde perdue et augmenter mon autonomie.Il me faudrait aussi un complément pour mon repas de midi parce queje n'ai plus grand chose ; mais rien, si, il y a une Coop mais elleest fermée jusqu'au 16 septembre, tant pis je n'attends pas. Jefinis par trouver de l'eau dans un WC public : je bois un bondemi-litre et je refais le plein de ma bouteille en plastique.

Après un frugal casse-croûte, versmidi, je passe le long des ruines de l'ancienne abbaye de la Tenaillesituée près de Saint-Sigismond-de-Clermont. C'est une énorme propriété mais il ne reste pas grand chose.

Il commence à faire très chaudsurtout quand le chemin est à découvert, heureusement la premièrepartie était principalement en forêt et maintenant c'est souventabrité. Les chemins s'enchaînent avec les petites routes goudronnéesun coup à droite, un coup à gauche, un coup en face, une bornepar-ci, une borne par là et toujours personne, de temps en temps unevoiture, il y a des moments où je me demande s'il y a un but à toutça.

14h30 j'entre dans Mirambeau. En routepetite halte d'une demi-heure pour grignoter quelques madeleines etétudier le programme des prochains jours. J'envisage d'aller demainà Blaye, en fait 4 km avant, à Saint-Martin-Lacaussade où il y aune halte jacquaire, puis directement à Bordeaux par le bac. L'étapenormale ce serait Blanquefort mais après il ne resterait plus que 12bornes pour arriver à Bordeaux où j'ai prévu de faire étape et depasser une journée en famille chez ma fille Amandine. Comme je n'aipas de contrainte de temps autant aller jusqu'au bout. De lacathédrale je pourrai, si je suis fatigué, prendre le tram pouraller chez eux, à la Bastide, sur la rive droite. Je les ai appeléspour confirmer ce programme : je suis attendu.

16h je sors de l'Office de Tourismeencore très chaleureux et serviable. Sur leurs indications j'ailaissé un message à la famille Tardy qui accueille des pèlerins.Assis sur un banc dans le jardin derrière l'église j'étudie unesolution de secours, d'après l'OT ils rappellent toujours mais ilspourraient avoir un empêchement ou même être complet. Il faudraitque j'aille plus loin car ici il n'y a plus rien. Mes documentsindiquaient une possibilité au camping, j'y suis passé, c'étaitfermé et sinistre. Il y avait également un hôtel avec tarifpèlerin mais il fallait laisser un message sur un répondeur pourconnaître leurs disponibilités et de toute façon les prix affichésn'avaient rien à voir avec ceux annoncés par le guide. Plongé dansmes supputations j'entends une voiture qui s'arrête à mon niveau :«Vous attendez peut-être Monsieur Tardy ?» «Oui. Comment lesavez-vous ?» « Je suis M. Tardy ». Il n'a pas encoreécouté mon message et il passe là par hasard mais c'est toujours àcet endroit qu'il fixe rendez-vous aux pèlerins pour les emmenerchez-lui, en m'apercevant il a tout de suite pensé que jel'attendais !

16h30 je suis dans le gîte de M. et MmeTardy, dans une grande maison avec une piscine et des ânes enliberté, mon hôte m'explique qu'ils sont très familiers, que si onne ferme pas bien les portes ils entrent dans la maison pour réclamerdu pain par exemple. Le cadre est très agréable.

Christian a couché ici hier soir, etaujourd'hui il comptait être à Blaye. Il me précède toujoursd'une journée et pendant que je vais me prélasser à Bordeaux il vame devancer d'un jour de plus. Je ne suis pas près de le rattraper.On verra bien plus tard. De toute façon il doit être difficile àsuivre.

Jean-Louis Tardy est un viticulteur àla retraite. Sa femme est toujours en activité et du coup il estdevenu l'homme au foyer, particulièrement ce soir où Madame Tardyest absente, retenue pour ses affaires. Après les ablutions d'usagej'ai installé ma corde à linge le plus haut possible dans le jardinpour ne pas tenter les ânes avec mes chaussettes probablementsavoureuses. Jean-Louis me propose un apéritif, un Pineau de sapropriétéavant de passer à table.

Au cours de la soirée Jean-Louisévoque les heurs mais aussi les déboires d'un hôtesur le Chemin avec certains pèlerins :

- ceux qui prétendent faire le Chemin en esprit de pauvreté et qui du coup exigent la pleine gratuité s'incrustant parfois plusieurs jours en pillant systématiquement le frigo alors que leur équipement et leur discours montrent à l'évidence un train de vie habituel à l'opposé de cette parenthèse, cette expérience, qu'ils s'offrent comme on s'offre un séjour aux Maldives mais cette fois sans frais,

- ceux qui se présentent comme croyants, en connexion directe avec Dieu, arrogants au point de refuser de dialoguer avec le commun des mortels qui n'a manifestement pas atteint leur degré d'élévation spirituelle.

Il faut sans doute, comme M. et MmeTardy, avoir de fortes convictions et une patience immense pouraccueillir certains de ces énergumènes.

Une excellente soirée, chaleureuse,dans un cadre 4 étoiles (mais ne sommes-nous pas sur leur Chemin ?).Un bon augure pour l'étape de demain d'un peu plus de 35 km.

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En route pour Rome !
J'ai commencé la rédaction de mon carnet de route sur ma marche en solitaire jusqu'à Rome par la via Francigena.
C'est ICI !
Le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, via turonensis puis Camino Norte

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